Que font les chercheurs ?

*To read this post in English

Mon prochain article portera sur le meilleur carburant du monde : LE CAFÉ !!! Mais avant, je devrais peut-être expliquer ce que vient faire la géniale infusion et les autres moyens de rester éveillé (yoga, thé, bonne nuit de sommeil, quelque soit ce qui vous branche) viennent faire dans la vie d’un scientifique. Une bonne partie de notre travail est plate.

Si vous n’êtes pas vous-même scientifique (ou du moins pas encore), vous pensez peut-être que nous passons notre temps dehors à ramasser des échantillons. Vous pouvez aussi croire que nous passons notre temps à mener des expériences en laboratoire. Bien que la collecte d’échantillons soit une partie cruciale (et super chouette) du métier, on ne parle ici que de quelques semaines par an. Je suis peut-être au Panamá, mais le gros de mon temps se passe quand même dans un labo ou une bibliothèque. Pour ce qui est des expériences, préparer des échantillons à analyser prend du temps, mais une fois que la CLHP (chromatographie en phase liquide à haute performance) a été démarrée, il n’y a vraiment rien à faire pendant quelques heures. De la même façon, donner de la nourriture fraiches à mes chenilles prends un temps limité, je ne surveille pas chacune de leurs bouchées. En fait, le gros du temps d’un scientifique se passe à lire des articles, écrire des articles, se battre contre un logiciel de statistiques ou quémander de l’argent (c’est-à-dire remplir des demandes de subventions et de bourses). N’oublions pas toutes ces conférences et ces séminaires auquels il faut assister, histoire d’entendre d’autres scientifiques présenter leurs résultats, de présenter ses propres résultats sous forme d’affiches (qu’il faut bien écrire à un moment donné) et de présenter oralement ces résultats. Ces présentations orales devant être parfaites, il faut les avoir déjà présentées à son directeur (essuyer les critiques, corriger), aux membres de son laboratoire (essuyer les critiques, corriger), et à son comité de direction (devinez quoi).

Bon, je vais briser certaines illusions que vous aviez sur la science. Lire la section « méthodologie » d’un article n’est pas ce que j’appellerai une lecture palpitante. Plus souvent qu’autrement, c’est mortellement ennuyant. Malgré cela, il nous faut toute notre concentration, parce que c’est cette section qui nous dira si les conclusions de l’étude sont valides. Assez souvent, on essaie en plus de répliquer la méthodologie, et il faut alors comprendre ce qu’on lit. Maintenant, si vous pensez que lire une méthodologie est plate, essayez d’en écrire une. Bonne chance ! Encore une fois, toute notre attention doit y être, parce que c’est une des sections qui fera que notre étude sera publiée… ou rejetée. La science est un monde cruel gouverné par une règle cruelle : « Publie ou meurs » ! Pas d’article = Pas d’emploi. Pour ce qui est des statistiques, écrire un morceau de code dans R peut être particulièrement exigeant. Il y aura toujours une erreur dans le code, et il est parfois ardu de retrouver l’accolade ({) qui aurait du être un crochet ([). Eh oui, parfois on passe 2 à 3 jours pour comprendre comment calculer un seul nombre. Si vous avez déjà regardé le prix du matériel scientifique, vous savez que ce n’est pas tout à fait donné. Pour faire de la recherche, il faut une somme effarante d’argent. De plus, un scientifique doit manger et dormir sous un toit (je sais, c’est une surprise pour vous). Pour faire de la recherche, il faut beaucoup d’argent, et ça veut dire qu’il faut remplir beaucoup de demandes de subvention et de demandes de bourses. Eh oui, il faut tous ses neurones pour le faire. Finalement, il y a tous ces séminaires et ces conférences à entendre. La première présentation est toujours facile et passionnante. Mais, après 4 ou 5 heures de données et de graphiques sur des sujets complètement différents (heureusement, il y a des pauses), toute personne normale s’endormirait. Il y a une limite au nombre de valeurs-p qu’on peut encaisser.

Maintenant, si la science est si désagréable, vous devez vous demander pourquoi diable on y reste ? Serait-ce une forme de masochisme ? Non, on le fait parce que ça vaut la peine. Comment pouvez-vous savoir que vous êtes fait pour la science ? Si vous êtes une de ces personnes qui demande « Pourquoi ? » tout le temps, et que vous devenez cinglé si vous n’obtenez pas de réponse, vous êtes fait pour ça. La science peut aussi être passionnante. Il n’y a rien comme découvrir quelque chose de nouveau et savoir qu’on est la seule personne sur Terre à le savoir. Vous resterez la seule personne à le savoir jusqu’à-ce que vous publiez votre découverte. Après, 3 personnes le sauront parce qu’un article scientifique est en moyenne lu par seulement 3 personnes. Heureusement, ces trois personnes feront rarement partie de votre famille. Finalement, il y a tous ces moments passés à ramasser des échantillons ou à observer la nature. Si vous lisez le blog d’un professeur d’université ou que vous le suivez sur Twitter, vous tomberez immanquablement sur un commentaire extatique parce que le professeur en question a finalement eu 15 minutes seul avec son microscope (je salue le Prof. Terry A. Wheeler qui tient le blog du Lyman). Ou encore, vous lirez un commentaire sur les joies de passer enfin deux semaines dans l’Arctique (tiens, ça ressemble au Prof. Christopher M. Buddle dont vous pouvez lire le blog).

On se lance en recherche scientifique parce que les peines et les misères de ce travail en valent la peine. Nous aimons le monde, et nous voulons le comprendre. Ça vaut bien quelques nuits blanches à analyser des données. Là-dessus, les nuits blanches (et productives) ne viennent pas sans aide. À ce sujet, vous pourrez lire mon prochain article sur les plantations de café du Chiriquí.

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What Scientists Do

*Pour lire cet article en français

My next post will be on the most awesome fuel in the world: COFFEE!!! But before I jump into the cultivation of the brown goodness, I should tell you why coffee and all related tricks to remain focused (yoga, tea, a good night’s sleep, whatever else floats your boat) are essential to scientists. A big part of our work is boring.

If you are not (or not yet) a scientist, than you may think most of our time is spent in the field collecting samples. Or, you may believe we have fun conducting experiments in a lab. While data collection in the field is a crucial (and a really fun) part of science, it really only represents a few weeks of our year. I may be in Panamá, but I still spend most of my time in a lab or a library. As for lab experiments, loading samples into a machine takes time, but once your HPLC (High Performance Liquid Chromatography) is running, there really isn’t much to do for a few hours. Similarly, it only takes so much time to change the feed of my caterpillars, as I’m not watching over every bite they take. Actually, most of a scientist’s time is spent reading scientific papers, or writing them, or fighting with statistical software, or begging for money (i.e. writing grants, fellowships and scholarships). Let’s not forget all the conferences and seminars we have to attend and where we listen to people present their research, where we present posters (they need to be written at some point) or where we present our own data orally. Those oral presentation need to be perfect. That means we already presented them to our supervisor (and got bitched at, and improved it), and to our lab mates (and got bitched at, and improved it), and to our supervision committee (guess what happens then).

Now, I’m going to crush some of your dreams about science. Reading the “Materials and Methods” section of a paper is not what I would call fun. It actually tends to make for a boring read. However, it is crucial that we pay undivided attention to that section. It is that section that tells us if the paper’s conclusions are valid. And, quite often, we’re trying to replicate whatever the authors did, so we actually have to understand what we’re reading. Then, if you think reading a “Materials and Methods” section is boring, try writing one. Good luck! And again, undivided attention is crucial, because that’s one of the things that will get your paper published… or rejected. Science is a cruel world with a cruel rule: “Publish or Perish”! No papers = No job. As for statistics, writing code in R can be a pain. There will always be a mistake in your code, and it is sometimes a challenge to find the one curly bracket ({) that should have been a square bracket ([). And yes, sometimes you spend 2 or 3 days just to figure out how to calculate one number. If you’ve ever looked at scientific equipment prices, you know that the stuff does not come cheap. To do research, one needs a ridiculous amount of money. On top of it, a scientist needs to eat and needs a roof (this is shocking news, I know). To go into research, you need money, and that means writing a lot of grant proposals and scholarship forms. And yes, that also takes all your brain cells. Finally, there’s those seminars and conferences to attend. The first talk is always easy and really interesting. But, after 4 or 5 hours of data and graphs on totally different subjects (thankfully, we get breaks), any normal person would start to fall asleep. There’s just so much p-values that one can take.

Now you must wonder, if science has all those nasty parts to it, why the hell are we doing it? Are we masochistic? No, we’re doing it because it’s totally worth it. How do you know you’re cut for science? Well if you’re one of those people that asks “Why?” all the time, and if you really go nuts when you don’t get an answer, you’re made for this. Science can also be exhilarating! There is nothing like discovering something new and knowing you’re the only one person in the world that knows it. You will be the only one to know until you publish your discovery. Then, 3 people will know because scientific papers are on average read by only 3 people. Thankfully those three people are rarely family members. Finally, there’s those moments when you are collecting data or simply observing nature. If you read the blogs or tweeter feeds of university professors, you will certainly fall on very excited comments form a Prof that finally got 15 minutes alone with his microscope (cheers to Prof. Terry A. Wheeler who maintains the Lyman’s blog). Or, you will read a comment about how awesome it is to finally spend two weeks in the Arctic (sounds like Prof. Christopher M. Buddle, you can read his blog too).

We are in science because the pains and boredoms of the work are worth it. We love the world, and we want to understand it. That’s worth a few sleepless nights of data analysis. Now sleepless (and productive) nights can’t happen without help. For more on the subject, read my next post on the Chiriquí coffee plantations.

Le pactole panaméen : Le Canal

*To read this post in English

Aujourd’hui, je vous parle un peu d’histoire et d’économie. Quand on voyage au Panamá, la première chose qu’on remarque en observant la capitale, après la chaleur, c’est qu’il y a clairement de l’argent ici. Je ne dis pas que la richesse est bien redistribuée. Je n’avance pas que la pauvreté est absente (30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté). Je ne fais pas non plus l’apologie du filet de sécurité social panaméen. Mais à voir tous ces bâtiments modernes, certains étant d’ailleurs de vrais bijoux architecturaux, et tous ces chantiers de construction en ébullition, on se dit que quelque chose se trame. Une fois qu’on a vu un peu de pays, on remarque que les routes principales sont parfaitement pavées et que le réseau d’autobus de la capitale est non seulement ultramoderne, mais aussi climatisé. Il y a même un métro tout neuf qui a ouvert ce printemps, où la température est contrôlée, et où le temps d’attente est de moins de 5 minutes à toute heure du jour (oui Montréal, tu peux avoir honte). On remarque aussi le nombre astronomique de policiers (littéralement un à chaque coin de rue, même dans les petits villages de campagne), et on se demande d’où peut bien venir leur salaire. Ne cherchez plus. La source de richesse, c’est le Canal.

PANAM CITY 1

PANAM CITY 2

La Ville de Panamá a définitivement l’air d’une capitale moderne, et elle l’est. Cette ville est une plaque tournante du commerce mondial, depuis l’époque où l’or du Pérou et de l’Équateur y transitait avant de rejoindre l’Espagne, jusqu’à l’époque moderne où le Canal de Panamá est devenu une voie de passage obligée dans notre économie de marché globalisée (Photos : Nicolas Chatel-Launay).

La première mention d’un projet de canal à travers l’Isthme du Panamá date de 1534 et nous la devons à Charles Quint, Roi d’Espagne et Empereur du Saint-Empire Germanique. Les Écossais ont aussi tenté d’établir une route, terrestre cette fois, entre les Océans Pacifique et Atlantique en 1698. L’Écosse était au bord de la banqueroute après cet échec monumental et couteux, et dû se joindre au Royaume-Uni qui avait promis en échange d’effacer la dette nationale. Eh oui, le référendum d’indépendance qui se prépare en Écosse n’est que le dernier chapitre d’une histoire qui commençât avec une tentative coloniale ratée au Panamá. Le monde est petit ! En 1882, les Français venaient de construire avec succès le Canal de Suez reliant la Mer Rouge à la Mer Méditerranée en Égypte. Le concepteur du Canal de Suez, Ferdinand de Lesseps, se lança alors dans une nouvelle aventure et fonda la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama pour répéter l’exploit entre l’Atlantique et le Pacifique. Vinrent la fièvre jaune et les crues de la Rivière Chagres. Gustave Eiffel (oui, celui qui a conçut la Tour Eiffel) tenta de sauver le projet. Malgré cela, en 1889, la compagnie fit faillite et le canal inachevé fut abandonné.

FRENCH MONUMENT

FRENCH AMBASSY

Afin d’honorer les efforts de la France dans la construction du Canal et pour marquer l’amitié entre la République Française et la République du Panamá, le gouvernement panaméen construisit ce majestueux monument, en face de l’Ambassade de France, sur la Plaza de Francia. Sur la photo inférieure on reconnaît le bâtiment principal de l’Ambassade de France (Photos : Nicolas Chatel-Launay).

En 1903, le gouvernement de Colombie (le Panamá était à l’époque une province colombienne) et le gouvernement des États-Unis d’Amérique s’entendirent au sujet d’un nouveau projet de canal. Le Sénat de Colombie refusa de ratifier l’accord. Parce que le canal était vu comme un intérêt stratégique américain, le président Roosevelt dépêcha sa marine pour aider les révolutionnaires panaméens à combattre la Colombie. Le 3 novembre 1903, le Panamá déclarait son indépendance. Ce ne sera pas la dernière fois que les États-Unis mettront leur nez dans les affaires panaméennes. En déclarant son indépendance, la nouvelle république donna aux États-Unis la Zone du Canal de Panamá. La Zone du Canal était un territoire non-incorporé et organisé des États-Unis (exactement comme le sont aujourd’hui Porto Rico et les Îles Vierges américaines) qui s’étendait sur une distance de 5 miles (8 km) de chaque côté du Canal et qui était défendu par l’armée américaine. Sous juridiction américaine, le Canal ouvrira finalement ses portes le 15 août 1914, il y a presque exactement 100 ans.

MUSEO

Pour les passionnés d’histoire, l’Autoridad del Canal de Panamá a créé un musée d’histoire très intéressant dans Casco Viejo. Le musée documente l’histoire du Panamá et de son canal depuis la première expédition à travers l’Isthme menée par Vasco Nuñez de Balboa en 1513 jusqu’à la période moderne (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

Je vous ferai grâce de la longue liste de traités, de conflits politiques et de manifestations qui ont émaillés l’histoire du Canal depuis son ouverture. Vous n’avez qu’à comprendre que, jusqu’en 1979, la Zone du Canal était un territoire américain, où les résidents étaient citoyens américains, où les tribunaux appliquaient les lois américaines et où tous les magasins et toutes les maisons appartenaient à la Zone du Canal, qui fonctionnait comme une compagnie toute-puissante dont le président était aussi Gouverneur de la Zone du Canal. Un peu hors-sujet, mais John McCain, qui s’est présenté contre Obama aux élections américaines de 2008, est né en 1936 comme citoyen américain… dans la Zone du Canal de Panamá. Comme il faut être né aux États-Unis pour prétendre être président, le cas fut porté devant les tribunaux et le Sénat américain a finalement tranché en décrétant McCain un « Naturally Born U.S. Citizen ». Le Smithsonian Tropical Research Institute (STRI) où je travaille, ainsi que mon appartement, sont tous les deux situés à Ancón, une ancienne ville de la Zone du Canal qui était un territoire américain à l’époque de la fondation du STRI. En 1979, le traité Torrijos-Carter entra en application. La Zone du Canal devint progressivement, et pour la première fois, panaméenne (vous vous souvenez, c’était un territoire colombien avant de devenir américain). Il est utile de noter que le Général Omar Torrijos avait prit le pouvoir à la suite d’un coup d’état. Même après la signature du traité, le Canal était encore géré par une commission conjointe et les États-Unis se réservaient le droit d’intervenir si le passage neutre des navires était mis en péril. En décembre 1989, le Président américain George H. W. Bush utilisa cette option et les troupes américaines envahirent le Panamá lors de l’Opération « Just Cause ». Les Américains démirent le dictateur du moment, le Général Manuel Noriega, et ne quittèrent le Panamá qu’après l’assermentation du Président élu Guillermo Endara en janvier 1990. La République du Panamá est depuis ce jour une démocratie, bien que la liberté de presse n’y soit pas totale. Considérant le nombre de dictateurs issus de l’armée, il fut décidé d’abolir l’armée du Panamá en 1994. C’est pourquoi on voit maintenant se promener des policiers en tenue militaire arborant des armes de calibre tout aussi militaire. Au Panamá, la police joue le rôle de l’armée. On ne niaise pas avec les policiers ici. Pour finir le survol historique, le 1er janvier 2000, la Commission du Canal de Panamá remis tous ses pouvoirs au gouvernement du Panamá. Pour la première fois, et ce fut une belle façon de fêter le nouveau millénaire, le drapeau de la République du Panamá pouvait flotter fièrement devant l’ancien bâtiment de l’Administration de la Zone du Canal. Le Canal est aujourd’hui administré, en toute souveraineté, par l’Autoridad del Canal de Panamá et protégé par la Policia Nacional, deux organismes d’État.

AUTORIDAD

Le siège social de l’Autoridad del Canal de Panamá (anciennement l’édifice de l’Administration de la Zone du Canal) sur les flancs du Mont Ancón. Avant l’an 2000, le drapeau des États-Unis d’Amérique flottait au sommet du mât (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

MIRAFLORES

Une vue des Écluses de Miraflores, la première série d’écluses traversée lorsqu’un navire vient du Pacifique, la dernière en venant dans l’autre direction (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

Miraflores 2

Les Écluses de Miraflores sont une attraction touristique des plus populaires. On y trouve un musée et on peut observer le passage des navires depuis les étages supérieurs (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Pour traverser le Canal, les navires doivent s’acquitter d’un droit de passage qui est calculé en fonction de la taille du navire et de sa cargaison. Les navires de plaisance sont également les bienvenus. Le droit de passage est alors calculé selon la taille du navire et le nombre de passagers qu’il peut transporter. Le droit de passage le plus bas jamais payé était de 36 cents et l’a été par l’Américain Richard Halliburton lors de sa traversée du Canal… à la nage en 1928. Oui, même les humains en maillot doivent payer. Le droit de passage le plus élevé fut de 375 600$ lors du passage du navire de plaisance Norwegian Pearl. Pour des raisons évidentes, les bateaux enregistrés au Panamá bénéficient d’un rabais sur la traversée. À cause de cela, bien des compagnies étrangères font immatriculer leurs bateaux au Panamá. Ça s’appelle un pavillon de complaisance. Alors si vous voyez un navire arborant le drapeau panaméen dans le Port de Montréal, il n’appartient probablement pas à une compagnie panaméenne. Si vous passez par le port cette fin de semaine, le MSC Sandra, un navire panaméen qui est réellement britannique, mouille justement à Montréal jusqu’à dimanche matin (27 juillet).

METIS LEADER

Lors de ma visite aux Écluses de Miraflores, le Metis Leader, un navire transportant des voitures d’une capacité de 7 000 véhicules et qui appartient à NYK Line, traversait le Canal en direction du Pacifique pour rejoindre son port d’attache au Japon. Bien que ce navire soit réellement japonais, il est enregistré au Panamá et arbore un pavillon de complaisance panaméen. Portez attention aux mules (les petites locomotives électriques) qui tirent le navire dans les écluses pour éviter qu’il n’entre en contact avec les parois. La distance séparant chaque mur du navire est de moins de 60 cm. C’est ce que j’appelle de la précision (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

La majorité du Canal de Panamá est en fait un immense lac artificiel, le Lac Gatún. Au centre du lac se dresse l’Île Barro Colorado, une île possédée par le STRI et qui héberge une des plus grandes expériences scientifiques du monde, le plus vieux site d’échantillonnage du CTFS (Center for Tropical Forest Science). Imaginez une étendue de forêt mesurant 50 ha où chaque arbre, arbuste ou liane dont le tronc fait plus d’1 cm de diamètre a été identifié à l’espèce, mesuré, situé géographiquement, et mesuré de nouveau tous les 5 ans depuis près de 100 ans (depuis 1923 pour être exact). Ajoutez à cela un siècle de données météorologiques, de données de production de fleurs et de fruits et de plusieurs autres types de mesures sur chacune des espèces. Si vous ne savez pas ce que 50 ha représentent, imaginez 80 terrains de football (Bravo l’Allemagne!). C’est la meilleure source de données existante pour comprendre la dynamique des forêts tropicales. J’en reparlerai dans un article sur le STRI et ses activités au Panamá. Revenons au Lac Gatún. Les navires y circulent à 26 mètres au-dessus du niveau de la mer. Du côté Atlantique, les Écluses de Gatún élèvent les bateaux à 26 mètres. Du côté Pacifique, les Écluses de Pedro Miguel abaisses les navires jusqu’au Lac Miraflores, après quoi les Écluses de Miraflores abaissent à leur tour les bateaux jusqu’au niveau de l’Océan Pacifique. Pour faire fonctionner ces écluses et maintenir le niveau du Lac Gatún, il faut des quantités astronomiques d’eau douce. La majorité de cette eau provient de la Rivière Chagres et du Lac Alajuela. Tous deux sont alimentés en eau par une des aires protégées les plus grandes du Panamá, le Parc National Chagres. C’est au bord du Lac Alajuela que vivent mes papillons et, bizarrement, leur habitat est protégé pour assurer le bon fonctionnement du Canal. C’est un des rares cas où les impératifs économiques peuvent contribuer à protéger des espaces naturels qui auraient été ravagés sans cela. Si on coupe les forêts de Chagres, il y aura moins d’eau dans le bassin versant et le Canal sera alors en danger. En plus du Parc Chagres, la rive Est du Canal est une longue succession de parcs nationaux et de parcs naturels interconnectés. Un endroit fascinant pour étudier la biologie.

Panama_Canal_Map_FR

Carte du Canal de Panamá (Droits d’auteur : « Panama Canal Map FR » par Thoroe — Travail personnelMap created using:Generic Mapping Tools (GMT) with SRTM3 V2 dataOpenStreetMap dataFile:CanalZone.gifFile:Panama Canal Rough Diagram.pngProposal for the expansion of the Panama CanalPanama Canal Profile Map. Sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Panama_Canal_Map_FR.png#mediaviewer/Fichier:Panama_Canal_Map_FR.png).

Le Canal de Panamá est aujourd’hui un ouvrage vital pour l’économie du Panamá. C’est un des plus grands secteurs d’emploi du pays. Tous les revenus du Canal vont directement au gouvernement, d’où le nouveau métro de la capitale à 1,0 milliard de dollars. Dans les prochaines années, le Canal deviendra encore plus profitable avec l’ouverture de nouvelles écluses plus grandes de chaque côté du Lac Gatún, qui pourront accueillir des navires encore plus gros. Mais ça, c’est si les problèmes environnementaux comme les changements climatiques et la déforestation n’affectent pas les réserves d’eau qui rendent tout cela possible. La République devrait vraiment améliorer ses politiques environnementales si elle veut conserver son bon vieux pactole.

PUENTE DE LAS AMERICAS

Le Pont des Amériques marque l’entrée du Canal de Panamá sur la Côte Pacifique (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

FEMALE FRIGATA

MALE FRIGATA

Et pourquoi ne pas finir avec des oiseaux ? Le Canal abrite de nombreux oiseaux marins. Le plus impressionnant et le plus commun est sans aucun doute la frégate superbe (Fregata magnificens). C’est l’un des plus grands oiseaux du Panamá, son corps mesure 1 mètre de long et ses ailes atteignent une envergure de 2,15 mètres. L’image du haut montre une femelle alors que le mâle se trouve en-dessous (Photos : Nicolas Chatel-Launay).

Panamá’s Pot of Gold: The Canal

*Pour lire cet article en français

Today, I’m giving you a bit of history/economics. When one travels to Panamá, after feeling the heat, the first obvious thing you can tell just by looking at the capital city is that… there’s money here. I’m not saying it’s well distributed. I don’t deny the existence of poverty in Panamá (30% of the population lives in poverty). I’m not praising the social security network of Panamá either. But, seeing all those brand new buildings, some of which are actually real architectural marvels, and all those busy construction sites tells you that something is happening. Once you travel the city and country, you realise that… main roads are fantastic and city buses are modern and air-conditioned. There is even an air-conditioned metro which opened this spring and where trains pass every 3-5 minutes at any time of the day (shame to Montreal on that one). When you realise the number of cops around the country (literally one at every corner, and even in the smallest villages), you also wonder who pays their salary. Search no further… it’s coming from the Canal.

PANAM CITY 1

PANAM CITY 2

Panamá City definitely looks like a modern capital, and it is. The city has been a hub of international commerce from the times when the gold of Peru and Ecuador stopped here before reaching Spain, until recent years when the Panamá Canal became one of the obligate passageways for our globalized economy (Photos: Nicolas Chatel-Launay).

The first mention we have of anyone hoping to build a canal crossing the Isthmus of Panamá is from 1534, thanks to Charles V, King of Spain and Ruler of the Holy Roman Empire. The Scots also tried to build a land road joining the Atlantic and Pacific in 1698. Scotland almost went bankrupt with this failed attempt, and ended up joining the United Kingdom that promised to erase the national debt in exchange. Yup, the independence referendum that will be held soon in Scotland is the newest chapter of a story which began as a failed colonial attempt in Panamá. It’s a small, small world. In 1882, the French had successfully built the Suez Canal joining the Red Sea to the Mediterranean in Egypt. Ferdinand de Lesseps, builder of the Suez Canal, went on to found the Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama to repeat the feat and join the Atlantic to the Pacific. And, lo, yellow fever and the floods of the Chagres River came. Gustave Eiffel (yes, the guy that built the Eiffel Tower) tried to save the project. Yet, in 1889, the company went bankrupt and the unfinished canal was abandoned.

FRENCH MONUMENT

FRENCH AMBASSY

To recognize the efforts of the French government in building the canal and in honour of the friendship between the French Republic and the Republic of Panamá, the Panamanian government built this majestic monument in front of the French Embassy, on Plaza de Francia. The lower picture shows the main building of the French Embassy (Photos: Nicolas Chatel-Launay).

In 1903, the Columbian government (Panamá was a Columbian province at the time) and the United States government came to an agreement on a new canal project, but the Columbian Senate refused to ratify it. Because he really wanted the canal, U.S. President Roosevelt sent warships to help the effort of Panamanian revolutionaries against Columbia and, on November 3 1903, Panamá declared its independence. It will not be the last time the U.S. puts its nose in Panamanian politics. Upon securing its independence, Panamá gave to the United States of America the Panama Canal Zone. The Canal Zone was an unincorporated organized U.S. territory (just like Puerto Rico and The U.S. Virgin Islands are today) extending 5 miles (8 km) on each side of the canal and protected by the U.S. military. Under U.S. jurisdiction, the Canal finally opened on August 15 1914, almost exactly 100 years ago.

MUSEO

For those interested in history, the Autoridad del Canal de Panamá maintains a rather interesting history museum in Casco Viejo, the Museo del Canal. It covers the history of the country and of the canal from the first expedition across the Isthmus by Vasco Nuñez de Balboa in 1513 to the present (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

I will spare you the long list of treaties, political conflicts and demonstrations that followed the opening of the Canal. You need only know that until 1979, the Canal Zone was a U.S. territory, where residents were U.S. citizens, courts applied U.S. laws, and all retail stores and houses belonged to the Panama Canal Zone that functioned as an all-powerful company who’s president was also the Governor of the Canal Zone. Fun fact, John McCain who ran against Obama in 2008 was born in 1936 as a U.S. citizen in… the Panama Canal Zone. Because you need to be born in the U.S. to become president, people brought it to court, and McCain was ruled by the U.S. Senate as a “Naturally Born U.S. Citizen”. The Smithsonian Tropical Research Institute (STRI) where I work, as well as my apartment, are both located in Ancón, a former township of the Canal Zone which was U.S. territory at the time of STRI’s creation. In 1979, the Torrijos-Carter Treaty came in effect. The Canal Zone progressively became Panamanian soil for the first time (remember, it was Columbian soil before being American). It is interesting to note that General Omar Torrijos came to power in Panamá through a military coup. Even after the treaty, the Canal was still managed by a joint commission, and the United States maintained the right to defend the canal militarily if anything impaired the neutral crossing of ships from around the world. In December 1989, U.S. President George H. W. Bush used the option, and the United States military invaded Panamá during “Operation Just Cause”. They deposed the dictator of the time, General Manuel Noriega, and retreated from Panamá only after Guillermo Endara (the elected President) was sworn into office in January 1990. Panamá has been a democracy ever since (although the press is still somewhat restricted). Considering the amount of dictators of Panamá that came from the military, it was decided in 1994 to abolish the Army of Panamá. That’s why one will see some policemen walking around in military attire with what is definitely military weapons. The police fills the role of the army. So don’t mess with cops in Panamá. To finish the story-line, on January 1st 2000, the Panamá Canal Commission relinquished all powers over the canal to the Panamanian government. For the first time, and a good way to welcome the new millennium, the flag of the Republic of Panamá could fly proudly in front of the old Canal Zone Administration Building. It is now administered by the Autoridad del Canal de Panamá and defended by the Policia Nacional, two fully Panamanian public administrations.

AUTORIDAD

The headquarters of the Autoridad del Canal de Panamá (formerly the headquarters of the Canal Zone Administration) on the slopes of Ancón hill. Before 2000, the flag of the United States of America was flown atop the mast (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

MIRAFLORES

A view of the Miraflores Locks, the first locks to be crossed when coming from the Pacific and the last in the opposite direction (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Miraflores 2

The Miraflores Locks are a popular tourist attraction. There’s a museum and higher decks allow tourists to watch the operations of the canal and observe ships in transit (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

To cross the Canal, boats have to pay a fee that is calculated based on the size of the ship and on the cargo it transports. Leisure boats are welcome to use the canal as well. The fee is than calculated based on boat size and the number of passengers it can carry. The lowest toll ever paid to cross the canal was 36 cents when Richard Halliburton swam the Canal in 1928. Yes, even humans in swimsuits have to pay the toll. The most expensive toll was $375,600 for the passage of the cruise ship Norwegian Pearl. For obvious reasons, ships registered in Panamá pay lower fees. Because of this, many companies from abroad register their ships in Panamá. It’s called a flag of convenience. So if you ever see a boat stopping by the Port of Montreal with a Panamanian flag on it, it probably doesn’t belong to a Panamanian company. If you pass by the port this weekend, the MSC Sandra, a Panamanian  ship that is actually British, is currently stationed in Montreal until Sunday morning (July 27th).

METIS LEADER

When I visited the Miraflores Locks, the Metis Leader, a car transport ship with a capacity of 7,000 vehicles and belonging to NYK Line, was crossing towards the Pacific on its way back to Japan. Although this ship is actually Japanese, it is registered in Panamá and sports a Panamanian flag of convenience. Note the electric mules on both sides (the small locomotives) that pull the ship in the locks to avoid it touching the walls. Less than 60 cm separate each side of the lock from the ship. That’s what I call precision (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Most of the Panamá Canal is actually one gigantic artificial lake, Gatun Lake. At the center of the lake lies Barro Colorado Island, a STRI-owned island home to one of the greatest scientific experiments on Earth, the CTFS plot (Center for Tropical Forest Science). Imagine a 50 ha forest plot where every single tree, shrub or liana over 1 cm in diameter has been identified to species, measured, located geographically and re-measured every 5 years for nearly 100 years (since 1923). Add to that a century of meteorological data, flower production data, fruit production data, and many other measurements. If you don’t know what 50 ha means, think 80 football fields (yeah Germany!). This is the ultimate dataset to understand forest dynamics in the tropics. I’ll talk more about STRI and all its awesome facilities and research sites in another post. Bringing it back to Gatun Lake, boats travel on the lake 26 meters above sea level. On the Atlantic side, the Gatun Locks rise boats from sea level to 26 meters. On the Pacific side, Pedro Miguel Locks bring boats down to Miraflores Lake, and from there, the Miraflores Locks permit boats to reach the Pacific Ocean. Running all those locks and maintaining the level of Gatun Lake requires huge quantities of fresh water. Most of it comes from the Chagres River and Alajuela Lake. Both are supplied in water by one of Panamá’s biggest natural areas, the Chagres National Park. My butterflies live on the shores of Alajuela Lake, and weirdly enough, their habitat is protected to ensure the smooth operation of the Canal. This is one of those few cases when economic imperatives can actually help protect an area that would be long gone otherwise. Cut down the forest, and not enough water will make it to the watershed, and the Canal will be in trouble. In addition to Chagres Park, most of the Eastern shore of the Canal is a series of interconnected National and Natural Parks. It’s a great place to study biology.

Panama_Canal_Map_EN

A map of the Panama Canal (Map credit: The Canal “Panama Canal Map EN” by Thoroe – Own workMap created using:Generic Mapping Tools (GMT) with SRTM3 V2 dataOpenStreetMap dataFile:CanalZone.gifFile:Panama Canal Rough Diagram.pngProposal for the expansion of the Panama CanalPanama Canal Profile Map. Licensed under Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Panama_Canal_Map_EN.png#mediaviewer/File:Panama_Canal_Map_EN.png).

The Panamá Canal is now a vital part of Panamá’s economy. It is a major sector of employment in the country. All revenues from the Canal are directly given to the Panamá government, hence the new $1.0 billion metro system in Panamá Ciudad. In future years, the Canal will become even more profitable as new wider locks are being built on both sides of Gatun Lake to accommodate even larger ships. That’s only if environmental issues such as climate change and deforestation don’t affect the water reserves that make all this possible. The Republic should really improve its environmental policies if it wants to conserve its good old pot of gold.

PUENTE DE LAS AMERICAS

The Bridge of the Americas marks the entrance of the Panamá Canal on the Pacific side (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

FEMALE FRIGATA

MALE FRIGATA

To end this, why not go for more birds. The Canal is home to many seabirds. The most impressive and common of them is no doubt the Magnificent Frigatebird (Fregata magnificens). One of the largest birds in Panamá, its body measures 1 meter long and its wingspan reaches 2.15 meters. The bottom one is a male while the female is on top (Photos: Nicolas Chatel-Launay).

 

 

 

Bestiaire du Panamá partie I : Les oiseaux

*To read this post in English

Si vous aimez les animaux, cette série d’articles est pour vous. Après 43 jours au Panamá, il est temps de vous faire découvrir une partie de la faune que j’ai eu la chance de rencontrer. Je commence aujourd’hui avec les oiseaux, juste pour les amoureux de la volaille parmi vous. D’autres groupes d’animaux suivront. Préparez-vous à de la lecture et à beaucoup de photos. Si vous voulez voir plus de photos, c’est à ça que mon compte flickr sert. Amusez-vous. La plupart des oiseaux présentés ici ont été observés au Parc national Chagres, au Parc naturel métropolitain ou en pleine ville de Panamá. Bien entendu, ce ne sont là que les oiseaux que j’ai réussi à photographier et qui sont assez bonnes pour être publiées. Vous essaierez de prendre de belles photos quand votre appareil se couvre de buée toutes les 5 minutes.

Mais avant de vous gaver de photos, une introduction s’impose. Les oiseaux sont extrêmement abondants au Panamá. De tous les vertébrés, ce sont de très loin ceux que le touriste moyen verra le plus. Le Panamá est un lien naturel entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord. Certains des oiseaux qui y résident à l’année sont donc originaires de l’Amazonie, le Panamá n’étant que le point le plus nordique de leur aire de répartition. À l’inverse, plusieurs oiseaux du Nord s’aventurent jusqu’au Panamá sans nécessairement entrer en Colombie. Le Panamá est donc habité d’espèces du Nord comme du Sud. La diversité des oiseaux ici peut aussi être expliquée par la diversité des habitats dans ce pays. Bien que le pays soit petit, ses côtes Atlantique et Pacifique n’ont pas le même climat. La côte Pacifique subit une saison sèche marquée et prolongée, suivie d’une saison des pluies particulièrement humide. De ce côté-ci de nombreux arbres perdent même leurs feuilles quand la saison sèche se pointe le bout du nez. Du côté Atlantique, il y a bien une saison sèche, mais définitivement moins sèche et moins longue que du côté Pacifique. De ce côté-là, peu d’arbres perdent leurs feuilles. Dans les deux cas, il s’agit de forêts de feuillus humides tropicales (plus précisément de forêts ombrophiles de basse altitude). Au centre du pays, on retrouve des chaînes de montagnes, où les habitats changent avec l’altitude, et où les forêts sont surtout des forêts ombrophiles montagnardes et des forêts ombrophiles de brouillard. Il ne faudrait pas oublier que le pays est bordé par deux océans. Le Panamá compte de nombreux marais, marécages, mangroves, récifs, etc. En gros, le pays est petit, mais il y a tout de même une grande diversité d’habitats. Ça c’est pour les oiseaux résidents. Vous savez surement que beaucoup d’oiseaux migrent pour échapper à l’hiver. Pendant qu’on se les gèle à Montréal, les oiseaux migrent au Sud. Les plus paresseux s’arrêtent au Mexique, mais beaucoup viennent jusqu’au Panamá. Savez-vous ce qui se passe quand c’est l’hiver au Chili et en Argentine comme c’est d’ailleurs le cas en ce moment ? Vous avez deviné, leurs oiseaux viennent aussi au Panamá. Le résultat, c’est que la diversité d’oiseaux est tout simplement ridicule. Le Panamá est aussi grand que le Nouveau-Brunswick (ou la Caroline du Sud pour les Américains d’entre vous, juste entre l’Irlande et l’Autriche pour les Européens). Malgré cette petite taille, on y dénombrait 978 espèces d’oiseaux en 2010. C’est plus que dans tout le Canada et tous les États-Unis réunis. On parle vraiment d’une diversité très élevée.

Assez de théorie, commençons.

Le Panamá a beaucoup d’eau, beaucoup d’oiseaux y sont logiquement adaptés. On trouve ici une grande diversité d’ibis, d’aigrettes, de hérons, de pluviers, de fous et d’autres oiseaux amoureux des bords de mer. Pour le moment, j’en vois la plus grande diversité près du marché aux fruits de mer (pourquoi pêcher quand on peut vider les poubelles).

PELICAN

Un pélican brun (Pelecanus occidentalis) fait sa toilette près du marché aux fruits de mer, dans le vieux port de Panamá, Casco Viejo (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

CORMORANT

Des cormorans vigua (Phalacrocorax brasilianus) viennent de finir de se sécher les ailes à Casco Viejo (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

L’autre groupe impossible à manquer en ville, c’est celui des vautours. Avec tous ses dépotoirs, la ville est attirante pour ces charognards. Il y a en permanence un nuage de vautours au-dessus de la capitale, souvent accompagnés de quelques oiseaux de proie. Bien entendu, tous les oiseaux de proie ne se trouvent pas en ville. Parmi ceux-ci, la harpie féroce (Harpia harpyja) qui est l’emblème du Panamá. Elle vit au Parc national Chagres, mais savoir qu’elle est présente et en voir une sont deux choses très différentes.

VULTURE

Tôt le matin, des hordes de vautours s’élancent du Parc naturel métropolitain ou du Mont Ancón. Cet urubu noir (Coragyps atratus) venait de quitter le Parc métropolitain. L’identité de son compagnon est plus difficile à déterminer. Je voterais pour la forme pâle de la buse à queue courte (Buteo brachyurus). Si vous avez une meilleure idée, n’hésitez pas à me corriger (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

TURKEY

L’urubu à tête rouge (Cathartes aura) est un des oiseaux qui vit aussi bien au Québec qu’au Panamá. Celui-ci se reposait au Parc Chagres (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

Vous avez déjà entendu parler des coucous. Oui, ces oiseaux qui pondent dans le nid d’autres espèces et dont le petit va faire tomber les œufs de ses frères et sœurs adoptifs pour gagner toute l’attention de ses parents adoptifs. Ils sont très nombreux au Panamá.

CUCKOO

Mon hypothèse pour ce coucou serait le piaye écureuil (Piaya cayana), mais je peux me tromper (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

De tous les oiseaux du Panamá, les colibris sont probablement les plus appréciés et les plus diversifiés. Ils sont tous magnifiques. Par contre, ils sont minuscules et très rapides. Désolé, mais je n’ai toujours pas de photo pour vous. Éventuellement, j’insérerai une des 59 espèces présentes au Panamá dans un autre article.

NEST

Je sais! N’avoir aucune photo reliée aux colibris serait simplement inacceptable. Alors voici un nid photographié dans la province du Darién. Comment puis-je savoir que c’est le nid d’un colibri ? Si un verre à shooter ne rentre pas dans le nid, c’est un nid de colibri (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

Les trogons sont un autre groupe spectaculaire est très bien connu. Ou du moins, l’un d’entre eux est connu de tous, le quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno). Si vous ne le connaissez pas, google existe. Malheureusement, les quetzals sont extrêmement rares au Panamá, le Costa Rica gagne sur ce point. Mais ce groupe est tout de même très bien représenté au sud de la frontière. Les trogons se nourrissent de fruits et d’insectes et sont souvent décris comme étant… léthargiques. À part la sieste, ces oiseaux ne font pas grand-chose.

TROGON

Cette magnifique femelle du trogon de Masséna (Trogon massena) bougeait à peine, ce qui est génial pour les photographes. Pour vous donner une idée de sa taille, elle mesure un peu plus de 30 cm (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

Un groupe d’oiseaux que tout touriste digne de ce nom veut observer, c’est celui des perroquets. Désolé de vous briser le cœur, mais si vous passez la journée à la plage, oubliez ça. Pour commencer, les perroquets et les perruches vivent dans les arbres. Les arbres ont des feuilles vertes. Au Panamá, la couleur dominante de cette famille est le… vert. Pour en rajouter, ils ne font pas grand-chose pendant la journée, et la plupart ne chantent que pendant le vol. Il n’y a que deux façons de voir des perroquets. Sortez de chez vous à l’aube (6h30, c’est déjà très tard), ou au coucher du soleil (avec des LÉGIONS de moustiques). À ces périodes de la journée, les perroquets volent. Ça veut dire que, non seulement il manque de lumière pour faire une bonne photo, mais si vous ralentissez la vitesse d’obturation de votre appareil, vous obtiendrez une très belle photo d’une longue traînée verte. La deuxième option, c’est de vous installer sous un manguier. Ça marche, mais ce sera évidemment à ce moment que votre appareil se couvrira de buée (l’humidité ne descend jamais en dessous de 85%). Tout ça pour justifier le fait que, bien que j’ai vu plein de perroquets, je n’ai qu’une seule photo valable.

PARROT

Cet amazone (Amazona autumnalis) est présent partout au Panamá. Si vous êtes dehors à l’aube ou au coucher du soleil, vous allez en entendre ou en voir un chaque jour. Celui-ci a été photographié à 6h40 du matin en plein cœur de la capitale (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

Dans la vraie vie, la plupart des oiseaux ne sont pas des perroquets. La plupart sont assez petits, ils se nourrissent d’une variété d’aliments comme par exemple des insectes. Pour les ornithologues, ils présentent tout de même un intérêt certain. Je vous en fais une courte sélection.

MANAKIN

Voici un manakin à col d’or (Manacus vitellinus) du Parc national Chagres. Les manakins vivent sous les canopées tropicales et se nourrissent de fruits. Ils se font d’habitude discrets. Toutefois, lors de la saison des amours, il est impossible de manquer ce mâle. Il courtise les femelles en chantant de façon… hystérique, tout en claquant ses ailes ensemble. Le son produit est presque identique à celui d’une ligne de pétards à mèches. Croyez-moi sur parole, quand on ne s’y attend pas, il peut donner une sacrée frousse (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

TANAGER

Les tangaras sont extrêmement diversifiés au Panamá. Ils se nourrissent surtout d’insectes et de fruits. Ce tangara à dos rouge (Ramphocelus dimidiatus) vit au Parc métropolitain (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

TANAGER2

Un autre tangara très commun est le tangara évêque (Thraupis episcopus), photographié juste derrière l’appartement (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

GRACKLE

Le quiscale à longe queue (Quiscalus mexicanus) est probablement le plus gros oiseau à part les vautours qu’on peut facilement observer à toute heure du jour (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

Ne vous inquiétez pas, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Tout le monde aime les toucans. Ce sont des obsédés des fruits, bien qu’ils ne dédaignent pas un insecte ou un lézard si l’occasion se présente. Ces oiseaux sont énormes (certaines espèces atteignent facilement 50 cm), superbes et espiègles. De bon matin, ils bougent beaucoup tout en frappant des bouts de bois, en chantant et jouant les uns avec les autres. Ils sont tout simplement adorables. Devinez quoi, il y en a cinq qui vivent derrière l’appartement !

TOUCAN1

TOUCAN2

TOUCAN3

Un groupe de cinq toucans à carène (Ramphastos sulfuratus) vivent derrière l’appartement à Panamá Ciudad. Ils mesurent chacun plus de 45 cm. Pour les observer, il faut absolument être dehors bien avant 7h00 du matin, mais ça vaut la peine (Photos : Nicolas Chatel-Launay).

Je voudrais conclure en remerciant le Dr. George R. Angehr (que j’ai d’ailleurs croisé hier au Smithsonian) et Robert Dean pour avoir publié le livre « The Birds of Panama, A Field Guide ». Disons qu’il est pour moi rare de tomber sur un guide d’identification d’oiseaux que je peux utiliser de manière fiable.

Critters of Panamá Part I: The Birds

*Pour lire cet article en français

If you like animals, this blog series is for you. After 43 days in Panamá, it’s time to go over some of the fauna that I’ve had the chance to encounter. I begin today with birds, just for you feather-lovers. More animal groups will follow. Expect reading and lots of pictures. If you want to check out more pictures, well that’s why I have a flickr account. Go nuts with it. Most of the birds covered here were spotted at the Chagres National Park, the Metropolitan Natural Park and at the heart of Panamá City. Of course, these are only those that I managed to photograph and for which the photos are decent enough to be published. You just try to photograph birds when your camera gets all fogged up every 5 minutes.

But before I put up an overload of pictures, an introduction might be useful. Birds are extremely abundant in Panamá. Of all the vertebrates, they are clearly those the average tourist will see the most. Panamá is the natural land bridge between North and South America. Some of Panamanian resident birds are therefore natives of the Amazon rainforest, and Panamá just happens to be the northernmost part of their distribution. Alternatively, many North American birds will live yearlong as south as Panamá, without crossing into Colombia. So Panamá has representatives of both Northern birds and Southern birds. Its diversity is also explained by the diversity of habitats in the country. Although Panamá is a small country, the Atlantic and Pacific coasts have radically different climates. The Pacific side has a very pronounced dry season, and a pronounced wet season. On this side, a good number of the trees actually shed their leaves in the dry season to prevent desiccation. The Caribbean side is different. There is a dry season, but it is nowhere as dry as that of the South side, and few trees shed their leaves at any time of the year. Both types of forests are classified as tropical rainforests (more precisely moist semi-evergreen seasonal forests). In the middle, there are mountains, with habitats changing as you climb in altitude and generally covered by mountain rain forests and cloud forests. Of course, one should not forget that the country is bordered by two oceans. It has freshwater marshes and swamps, mangroves, coral reefs, etc. Basically, the country is small, but it still has a good diversity of habitats. That’s for resident birds. Most of you know that a lot of birds migrate to avoid winter. Well when we freeze to death in Montreal, many of our birds migrate south. The lazy ones stop in Mexico, but many species come as far as Panamá. One might ask, when it’s winter in Argentina and Chile (which happens to be the case right now), what happens then? You guessed right, those birds also end up in Panamá. As a result, bird diversity is ridiculously high in this country. Panamá is just about the size of New Brunswick (or South Carolina for you Americans, or between Ireland and Austria for you Europeans). Yet, as of 2010, 978 species had been recorded. That’s more than in all of Canada and the United States combined! That’s indeed astounding diversity.

But enough with the theory, let’s start.

Panamá having a lot of water, a lot of birds are adapted for it. There is a high diversity of ibises, egrets, herons, sandpipers, boobies and other shore-oriented birds. For now, most of those I saw were around the fish market (why go fishing when you can empty the garbage).

PELICAN

A Brown Pelican (Pelecanus occidentalis) cleans its feathers by the fish market in the old part of Panamá City, Casco Viejo (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

CORMORANT

Neotropic Cormorants (Phalacrocorax brasilianus) just finished drying their feathers in Casco Viejo (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Another group that is ubiquitous in the city itself is… vultures. All those garbage landfills certainly attract a lot of them. There’s a continuous cloud of vultures over Panamá City, often accompanied by some birds of prey. Of course other birds of prey are far more difficult to see. Among them is the Harpy Eagle (Harpia harpyja), the emblem of Panamá. It does live in Chagres National Park, but knowing it’s there, and actually seeing it are two very different things.

VULTURE

In the early morning, hoards of vultures soar off from the Metropolitan Park or from Ancón Hill. This Black Vulture (Coragyps atratus) left from the Metropolitan Park. The identity of the accompanying raptor is less clear. My best guess is the pale morph of the Short-Tailed Hawk (Buteo brachyurus). If you have a better idea, feel free to correct me (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

TURKEY

The Turkey Vulture (Cathartes aura) is one of the birds that can live in Québec just as well as in Panamá. This one was hanging out in Chagres National Park (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Have you ever heard of cuckoos? Yes, those birds that lay eggs in the nest of other species and who’s baby will kick out foster siblings in order to get all the attention of its foster parents. Well they are fairly diverse in Panamá.

CUCKOO

My best guess for that one is the Squirrel Cuckoo (Piaya cayana), but I could be mistaken (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Of all the birds of Panamá, hummingbirds form one of the most iconic and diverse groups. They are all gorgeous. But they are tiny and they move really fast. So sadly, I have no pictures for you. Eventually, I’ll insert one of the 59 species that can be found in Panamá into another blog post.

NEST

I know! Having no hummingbird-related picture would not do. So here’s a nest in the Darién province. How do I know it’s a hummingbird’s nest? Well if a standard shooter glass would not fit in the nest, it’s from a hummingbird (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Trogons are another iconic group, or at least, one species is. Everyone has heard of the famous Resplendent Quetzal (Pharomachrus mocinno). If you haven’t, google it. Sadly, quetzals are extremely rare in Panamá, Costa Rica wins that one. But the group is still very diverse South of the border. Trogons feed off fruits and insects and are often described as… lethargic. Apart from having beauty sleeps, they don’t do much.

TROGON

This beautiful female Slaty-Tailed Trogon (Trogon massena) was not moving much, which is great for photography. To give you an idea of size, this species measures just over 30 cm (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

One bird group every tourist in their right mind wants to see is… parrots. Well, sorry to break your heart, but if you lie down on the beach all day, you won’t. Parrots and parakeets all live in trees. Trees have green leaves. In Panamá, parrots are mostly… green. On top of it, they don’t do much during the day, and most of them only sing when they are flying. Therefore, there are only two ways of seeing parrots. Get out there at dawn (yup, 6:30 is already late), or at dusk (yup, mosquitoes galore). At these times, parrots are flying around. Of course, this means you don’t have enough light to take pictures. And if you augment the exposure time, well the birds are airborne, so you will get a lovely picture of a blurry green line. The second option is to stand under a mango tree. It works. But of course, that will be when your camera decides to fog up (humidity is over 85% every single day). All this was meant to justify why I have seen tons of parrots, but only have one picture to prove it.

PARROT

The Red-Lored Parrot (Amazona autumnalis) is ubiquitous in Panamá. If you are outside at dawn or dusk, you will see or hear one virtually every day. This specimen was flying at 6:40 am in the middle of Panamá City (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

In real life, most birds are not parrots. Most birds are actually rather small; they eat a variety of things including insects. For real birders, they are still quite interesting to watch. Here’s a small selection.

MANAKIN

Meet a male Golden-Collared Manakin (Manacus vitellinus) from Chagres National Park. Manakins live in the understory of tropical forests and feed on fruits. They are mostly discreet. However, there is no way you can miss that one during mating season. The male courts the female by singing hysterically while snapping its wings together! That snapping noise is almost identical to that of a line of firecrackers. It can make you jump when you’re not ready for it, trust me (Photo Nicolas Chatel-Launay).

TANAGER

Tanagers are extremely diverse and common here. They eat insects and fruits. This one is a Crimson-Backed Tanager (Ramphocelus dimidiatus) from the Metropolitan Park (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

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Another common tanager is the Blue-Gray Tanager (Thraupis episcopus) caught just behind my apartment (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

GRACKLE

The Great-Tailed Grackle (Quiscalus mexicanus) is probably the biggest bird (apart from vultures) than can be observed readily everywhere and at any time of the day (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Don’t worry, I left the best for last. Everyone loves toucans. Toucans are fruit lovers, although they will eat an insect or a lizard if they get the chance. These birds are huge (some species reach 50 cm), beautiful, and very playful. In the early morning, they really move around a lot while pecking at wood, singing, playing with each other. They are just adorable. Guess what, five of them live behind the apartment!

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A group of five Keel-Billed Toucans (Ramphastos sulfuratus) live behind the apartment in Panamá City. They measure just over 45 cm. One must go outside before 7:00 am to see them, but it is totally worth it (Photos: Nicolas Chatel-Launay).

I would like to conclude by giving special thanks to Dr. George R. Angehr (I actually met him yesterday at the Smithsonian) and Robert Dean for having published “The Birds of Panama, A Field Guide”. Let’s just say that I rarely fall on a bird guide that I can use reliably.

Escapade dans le Darién

*To read this post in English

 Je n’ai rien contre le Parque Nacional Chagres, ou le laboratoire 230 du Smithsonian, mais parfois, il fait bon prendre l’air. La semaine dernière, j’ai profité du fait que mon superviseur avait besoin d’un coup de main pour aller dans le célèbre Darién (pas toujours célèbre pour de bonnes raisons), la province la plus orientale du Panamá. Cette province est surtout connue pour le bouchon de Darién, une zone qui sépare littéralement les Amériques en deux. Il n’existe pas de route traversant le bouchon… comme dans aucune, même pas un chemin de gravelle. L’Autoroute Panaméricaine qui permet en théorie de voyager de l’Alaska à la pointe Sud du Chili ne traverse pas le bouchon. Ses deux sections s’arrêtent brusquement, à 100 km de distance l’une de l’autre. S’il vous venait à l’esprit de traverser le bouchon à pieds, vous devriez traverser le côté colombien (un énorme marécage) et la portion panaméenne (une chaîne de montagne atteignant en moyenne 1500 mètres recouverte d’une des forêts pluviales les plus denses que vous puissiez imaginer). Bonne chance ! En gros, le gouvernement du Panamá refuse de parachever les routes dans le bouchon afin de faire obstacle au commerce de la drogue venant de Colombie, et ça marche. Une autre particularité du Darién, c’est que même s’il n’y a pas de frontière à proprement parler avec la Colombie, toute personne qui entre ou sort de la province doit passer par un poste frontière. Au poste frontière, tout le monde doit descendre de son véhicule (ou de l’autobus), montrer son passeport ou sa carte d’identité panaméenne, et expliquer la raison du voyage dans la province, la durée du séjour, l’itinéraire exact, présenter des références, etc.

 Map Santa fé

Cette carte montre la position de Santa Fé del Darién, un village près de la frontière occidentale de la province de Darién (Droit d’auteur : 2014 Google).

 Mais assez sur le bouchon, le Dr. Donald Windsor et moi-même allions à Santa Fé del Darién, située dans la portion Ouest de la province. Notre mission : élaborer une méthode expérimentale en collaboration avec le Centro Agro-Pastoral de Santa Fé afin d’étudier l’effet d’un coléoptère hispiné sur la production de riz. Ce coléoptère, Oediopalpa guerini, semble être un ravageur important du riz dans la région et un gros problème pour les producteurs agricoles. Bonne nouvelle, nous en avons trouvé plein (mauvaise nouvelle pour les agriculteurs). Nous avons échantillonné plusieurs champs à Santa Fé et autour de Cucunatí, un village auquel on ne peut accéder qu’à marée basse, en passant une rivière à gué. Dans le dernier champs étudié à Cucunatí, l’absolue totalité des plants de riz observés étaient affectés. Ce projet promet d’être vraiment chouette quand il débutera à la fin-juillet.

 Ford cucunatí

Accéder au village de Cucunatí n’est possible qu’en conduisant (ou en nageant) à travers cette rivière. À marée basse, l’eau atteint la mi-roue d’une camionnette. À marée haute, le village est totalement inaccessible en voiture (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

Adult rice beetle

Oediopalpa guerini adulte près de Cucunatí (Photo : Dr. Donald M. Windsor).

Collecting Samples

En pleine collecte d’échantillons dans un champs de riz près de Santa Fé (Photo : Dr. Donald M. Windsor).

 Le Darién est une province surtout agricole. C’est ici que Vasco Núñez de Balboa réussi le premier à atteindre la côte du Pacifique depuis la Mer des Caraïbes en 1513. La monnaie du Panamá s’appelle d’ailleurs le Balboa, bien qu’elle ait été liée au cours du Dollar américain. Balboa est aussi une bière populaire. À l’exception du bouchon de Darién et des comarcas (zones gouvernées par les premières nations), il ne reste que très peu de forêts. La province est l’une de celles où prolifèrent encore la plupart des maladies tropicales, que ce soit la maladie de Chagas, la fièvre jaune, la typhoïde, la malaria, la dengue ou la leishmaniose. Le Darién est habité par des paysans qui cultivent des parcelles juste assez grandes pour nourrir leur famille et obtenir quelques surplus écoulés dans les marchés locaux. Comme dans beaucoup de régions tropicales, les champs sont régulièrement brûlés avant d’être plantés de maïs et de riz. Le Darién est aussi parsemé de pâturages destinés aux vaches, élevées par les agriculteurs locaux et souvent pauvres au profit de riches propriétaires terriens de la capitale ou de l’étranger. La plupart de ces pâturages sont recouverts d’une espèce africaine d’herbe à croissance rapide. Finalement, une bonne partie des terres ont été converties à la culture du teck, un arbre au bois dur qui est éventuellement exporté vers les marchés asiatiques. Il est à vrai dire étrange de conduire dans une province où la grande majorité des paysages se composent, soit de forêt faite de rangs ordonnés d’un arbre introduit, soit de sols d’une couleur de charbon plantés de deux céréales introduites, soit de vastes prairies d’une herbe introduite. Pas vraiment le paradis des environnementalistes.

 PASTURE

Un pâturage typique de la région, couvert d’une herbe africaine, situé entre Santa Fé et Cucunatí (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

 Malgré cela, quelques zones ont encore une apparence naturelle, particulièrement au bord des rivières et des ruisseaux. Ces zones perturbées abritent des espèces à croissance rapide et à faible longévité. Ces plantes créent un habitat idéal pour une des plus grandes diversité d’insectes qu’il m’ait été donné de voir. Le long des cours d’eau, le bambou indigène pousse encore (devinez quoi, le bambou asiatique a colonisé la grande majorité du pays). Bien sûr, c’était le second but de notre expédition. Nous cherchions à savoir si, là où les bambous indigènes et asiatiques cohabitent, les insectes qui s’attaquent au bambou indigène pourraient commencer à s’en prendre au bambou importé. Nous avons découvert la semaine dernière que… c’est bien le cas.

 walking to the rice fields

Pour se rendre dans un champs près de Cucunatí, nous avons traversé une zone de repousse près d’un ruisseau (Photo : Dr. Donald M. Windsor).

À bien y repenser, cette petite escapade était assez amusante, et remplie de succès. Maintenant, je suis de retour au laboratoire pour voir si ma nouvelle recette d’alimentation artificielle sera acceptée par mes chenilles au palais difficile. Pour le moment, elles ont été rebutées par toutes mes tentatives.

 Me Lab

De retour au laboratoire pour nourrir des chenilles (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

CATERPILLARS

Les chenilles refusent obstinément de s’attaquer à ma dernière recette (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

A Trip to Darién

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 It’s not that I don’t love spending time in the Parque Nacional Chagres or in Lab 230 at the Smithonian, but sometimes, one needs fresh air. Last week, I took the opportunity to go help out my supervisor in the easternmost province of Panamá, the famous (or rather infamous) Darién province. This province is mostly known for the Darién Gap, an area that literally splits the Americas in two. There are no roads through the Darién Gap… as in none, not even a gravelly sidetrack. The Pan-American Highway that is supposed to link Alaska to the Southern tip of Chile does not cross the Gap. Both sections stop short before the Gap, the Panamanian and Colombian sections being separated by 100 km. If you ever get the idea of crossing the Gap on foot, you will have fun going through the Colombian side (one giant swampland) and the Panamanian side (mountains averaging 1,500 meters covered by one of the densest rainforests that you can imagine). Good luck! Basically, the government of Panamá refuses to extend roads into the Gap to prevent drug trafficking from Colombia, and it works pretty well too. Another particularity of the Darién province is that, even though there is no land border with Colombia, one needs to pass through a border checkpoint when entering or leaving the province. At the checkpoint, everyone has to exit their car (or bus), show their passport or Panamá ID, and explain why they are going into Darién, for how long, who they are, what their credentials are, etc.

Map Santa fé

This map shows the location of Santa Fé del Darién, a village near the Western border of the Darién province (Copyright: 2014 Google)

 But enough about the Gap, Dr. Donald Windsor and I were going to Santa Fé del Darién which is located in the Western portion of the province. The mission: to work out an experimental design with the Centro Agro-Pastoral de Santa Fé to study the effect of a hispine beetle on rice production. This beetle, Oediopalpa guerini, seems to be an important pest of rice in the area, and a big problem for local growers. Good news, we found lots of beetles (not a good news for the growers). We surveyed a few fields in Santa Fé and around Cucunatí, a village only accessible by fording a river at low tide. In the last field we visited in Cucunatí, every single plant that we looked at was infested. This will be a pretty cool project that will start by the end of July.

 Ford cucunatí

To reach the village of Cucunatí, one must drive (or swim) through this river. At low tide, a pick-up truck can pass with the water reaching the mid-wheel. At high tide, this village is inaccessible by road (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

Adult rice beetle

An adult Oediopalpa guerini  in Cucunatí (Photo: Dr. Donald M. Windsor).

Collecting Samples

Collecting samples in a rice field near Santa Fé (Photo: Dr. Donald M. Windsor)

 Darién is mostly an agricultural province. It is here that Vasco Núñez de Balboa first crossed from the Caribbean Coast to the Pacific Coast in 1513. Consequently, the currency of Panamá is called the Balboa, even if it is now linked to the US Dollar. Balboa is also a popular beer. At the exception of the Gap and the comarcas (areas governed by native people), there are very few sections of forest left. This province is one of those where most of the tropical diseases still flourish, be they Chagas disease, yellow fever, typhoid, malaria, dengue fever or leishmaniosis. Darién is populated by agricultural producers who cultivate small fields only sufficient to feed their family and produce small surpluses for village markets. As in many tropical areas, fields are regularly set ablaze before being planted with corn and rice. Darién is also covered by pasture areas for cows raised by rather poor local farmers for the benefit of wealthy landowners from the capital and abroad. Most of these pastures are seeded with African varieties of fast-growing grass. Finally, a great deal of land has been converted to teak plantations, a hardwood tree that is eventually exported to Asian markets. It is weird to drive in a province where most of what you see is either forests formed by straight rows of an introduced tree, charcoal-coloured soil planted with two introduced cereals, or vast prairies of an introduced grass. Let’s just say that it is not an environmentalist’s dream.

 PASTURE

A pasture typical of the area, composed of African grass, located between Santa Fé and Cucunatí (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

 Nevertheless, some areas still look natural, especially near rivers and creeks. These disturbed patches harbour a great variety of short-lived, fast-growing species. These form an ideal refuge for one of the greatest insect diversity I have ever seen. Along rivers and creeks, native bamboo still grows (guess what, Asian bamboo has taken over most of the country). Of course, that was the second goal of our trip. We were looking out to see if, where native and introduced bamboo coexist, the herbivores attacking native bamboo would switch to feeding on the introduced one. Well we found out last week that… they do.

 

walking to the rice fields

In order to get to one of the fields near Cucunatí, we crossed a regrowth area bordering a small creek (Photo : Dr. Donald M. Windsor).

 

Overall, it was a fun trip, met with success. Now, I’m back at the lab to see if my new artificial diet formulation will be accepted by my fussy caterpillars. For now, they have refused everything I have tried.

 

Me Lab

Back in the lab feeding caterpillars (Photo: Nicolas Chatel-Launay).

CATERPILLARS

The caterpillars obstinately refuse to feed on my newest formulation (Photo: Nicolas Chatel-Launay).