De l’Institut de Recherches tropicales Smithsonian (STRI)

*To read this post in English

*Cet article fut aussi publié sur le blog McGill-NEO, et sur le blog IGERT-NEO

 Quand j’évoque avec des amis mes recherches au Smithsonian, tous pensent automatiquement que je travaille à Washington. Plusieurs étudiants et moi-même sommes présentement en plein cours de biologie tropicale au Smithsonian… au Panamá, pas au bord du Potomac. Mettons donc les choses au clair, avec une revue (c.-à-d. un publi-reportage) de l’Institut de Recherches tropicales Smithsonian (STRI), l’un des centres mondiaux les plus importants en sciences tropicales.

Le STRI est avant tout une communauté de chercheurs et de chercheuses intéressés par les tropiques. Il fait partie du réseau de l’Institut Smithsonian, le système de musées publics américain, et comprend 40 scientifiques permanents, 400 employés de soutient et plus de 1 400 scientifiques associés et étudiants. Avec mes collègues de la University of Illinois at Urbana-Champaign, de l’Instituto de Investigaciones Científicas y Servicios de Alta Tecnología (INDICASAT) et du programme NEO de l’Université McGill, nous faisons partie de cette communauté.

Ensemble, nous tentons de comprendre les tropiques, dans toute leur complexité, en liant nos différentes spécialités. Selon le Scientifique émérite du STRI, Egbert Leigh Jr., la plupart des recherches du STRI tournent autour de 12 grands sujets. D’abord, nous cherchons à comparer deux océans, l’Atlantique et le Pacifique, et à comprendre comment ils ont pu devenir si différents. Nous cherchons à obtenir autant de données que possible sur le passé récent, dans le but de comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans les sphères naturelles et humaines. Nous essayons de comprendre le passé ancien à travers l’archéologie, et tentons de comprendre comment notre monde est devenu ce qu’il est. Nous voulons comprendre comment des individus peuvent diverger dans une même espèce pour créer de nouvelles espèces. Nous élucidons les mystères du mutualisme, ou pourquoi certaines espèces collaborent l’une avec l’autre alors que d’autres préfèrent tricher. Nous décrivons les comportements sociaux des animaux, mais aussi des humains, dans le contexte de l’Amérique centrale. Nous tentons de comprendre ce que la sélection naturelle favorise, et pourquoi certains caractères sont transmis à la prochaine génération alors que d’autres ne le sont pas. Nous voulons mesurer les mécanismes qui contrôlent la taille des populations et les interactions régissant les chaînes alimentaires. Nous étudions les méthodes utilisées par différentes espèces (humains inclus) pour survivre à des conditions extrêmes (lumière, ombre, sécheresse, inondations, sols pauvres, etc.). Nous cherchons à comprendre pourquoi tant d’espèces sont capables de coexister au même endroit (900 espèces d’oiseaux au Panamá et près de 300 espèces d’arbres dans 50 hectares de forêt). Nous voulons ardemment répondre à une question en apparence simple… pourquoi tant d’espèces d’arbres tropicaux (et pourquoi si terribles à identifier) ? Finalement, nous voulons peindre un portrait global des systèmes tropicaux en décrivant les interactions qui font et défont ces systèmes.

Assez de questions, des réponses s’imposent ! La bonne science se base sur de bonnes infrastructures. Heureusement pour nous, le STRI peut difficilement être égalé. Nous avons accès à 13 centres de recherche à travers l’Isthme du Panamá et en voici une courte description.

STRI PlatformCarte de tous les centres de recherche de l’Institut au Panamá (Droits d’auteur : STRI, http://stri.si.edu/reu/english/why_panama.php).

1) Centre de conférences, bibliothèque et laboratoires Earl S. Tupper

Ce groupe de bâtiments inclus la plupart des bureaux administratifs, des laboratoires équipés pour une foule de types de recherche, un herbier, une collection d’insectes et une bibliothèque contenant plus de 69 000 ouvrages traitant des sciences tropicales. La section des livres rares et anciens vous fera monter les larmes aux yeux… si bien sur vous aimez mettre la main sur des gravures de naturalistes du 17e au 19e siècle.

LIBRARYLa bibliothèque Earl S. Tupper contient plus de 69 000 ouvrages reliés aux sciences tropicales (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

2) Centre pour la paléoécologie et l’archéologie tropicale (CTPA)

Les fossiles vous laissent de marbre ? Vous pouvez changer cette fâcheuse attitude en passant ici. Le centre accueille des géologues, des géographes et des archéologues qui dévoilent le passé ancien. De la découverte d’une espèce de serpent géante (et heureusement éteinte), à la compréhension des forces qui ont fait des Amériques du Nord et du Sud une seule masse continentale il y a 3 millions d’années, le centre vous en mettra plein la vue. Les scientifiques du CTPA se servent présentement du projet d’expansion du Canal pour fouiller plus avant dans le passé du Panamá.

3) Laboratoires de l’Île NAOS

Située à l’entrée Pacifique du Canal, ce centre de recherche inclus un laboratoire d’analyse moléculaire et génétique à la fine pointe de la technologie. Il y a aussi tout le nécessaire pour maintenir en vie des animaux marins afin de les étudier. Les scientifiques hébergés ici étudient l’océanographie du Pacifique et la paléontologie.

4) Laboratoire marin Galeta Point

L’équivalent caribéen de NAOS, cette infrastructure est située à l’entrée du canal sur la côte Atlantique. Ce centre est surtout connu pour ses recherches sur les impacts des déversements pétroliers et sur les mangroves.

BOCASUne vue d’un des nombreux récifs de coraux près de Bocas del Toro (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

5) Station de recherche de Bocas del Toro

Située dans l’archipel de Bocas del Toro, ce centre accueille des scientifiques qui étudient les récifs de coraux, les lagons et la forêt tropicale côtière. Situé sur la côte Caraïbe, la station est au cœur d’un cocktail culturel joignant l’Asie, l’Afrique et les Amériques. Ce centre est au cœur de l’étude de la sociabilité humaine.

6) Île Rancheria

Située en pleine mer, cette station trône au milieu de la plus grande concentration de récifs coralliens de l’Est du Pacifique. C’est l’équivalent Pacifique de Bocas del Toro.

7) Centre de la nature Punta Culebra

Située sur une île du Pacifique, ce centre porte surtout sur la vulgarisation scientifique. L’équipe y essaie de développer de nouvelles approches afin de mieux transmettre nos connaissances à la génération montante.

FORTUNA1La Réserve forestière Fortuna permet aux scientifiques d’étudier un écosystème unique… la forêt de nuage (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

8) Station de terrain Fortuna

La Réserve forestière Fortuna s’élève à 1 200 mètres d’altitude et permet aux scientifiques qui l’utilisent d’étudier un écosystème tropical particulièrement intéressant, la forêt de nuages. Le soleil s’y fait rare et il y fait constamment humide. Certaines parties de la réserve reçoivent jusqu’à 12 mètres de précipitation par an (et connaissent moins de 30 jours sans pluie par année).

FORTUNA2Une nuit sans nuages est un événement rare à Fortuna, il y a moins de 30 jours sans pluie par année (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

9) Agua Salud

Ce projet situé dans le bassin hydrographique du Canal de Panamá couvre 300 000 hectares. Les scientifiques qui y participent tentent de trouver les meilleures stratégies de reforestation. Ils mesurent comment différentes techniques et espèces peuvent stocker du carbone, contrôler les inondations ou encore améliorer la fertilité des sols… le tout sans bannir l’agriculture. Bref, ces gens cherchent à trouver un usage optimal du territoire en région tropicale.

10) Systèmes d’accès à la canopée

Au STRI, tout le monde est brillant, mais certains le sont particulièrement. Deux grues de construction furent installées de façon permanente en pleine forêt tropicale sur les côtes Caribéenne et Pacifique afin de permettre aux scientifiques d’accéder à la canopée des arbres. Vous voulez savoir comment nous avons pu nous approcher autant d’une maman paresseux et de son bébé pour les articles de Scott, Librada et Flor ? Ouais, nous étions dans une grue.

11) Campus Gamboa

Nous y voici, ce campus a été notre quartier général tout au long de ce cours de biologie tropicale. Le Campus Gamboa est situé en plein centre du Canal de Panamá, on y trouve une foule de laboratoires. Aussi, plusieurs recherches pointues s’y déroulent. Il y a un système de « pods » pour cultiver des plantes à différentes températures et sous différentes conditions atmosphériques afin de prédire les impacts des changements climatiques sur la flore tropicale. On y trouve aussi des volières habitées par des chauves-souris et où leur comportement est finement étudié. Et il y a la route de l’oléoduc, un lieu bien connu de toute personne s’intéressant aux oiseaux (voir l’article d’Élise sur le blog IGERT-NEO).

BATDe toutes les activités que nous avons fait à Gamboa, la capture de chauve-souris était définitivement l’une des plus intéressantes (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

12) Monument naturel Barro Colorado (BCI)

Le joyau de la couronne ! Barro Colorado est une île, entourée par quatre péninsules, toutes protégées par le gouvernement du Panamá et par l’Institut Smithsonian. La seule activité autorisée est la recherche scientifique. Avec ses 5 400 hectares, c’est la plus ancienne infrastructure du STRI occupée pour la première fois en 1924. L’île elle-même ne peut subir de modifications. On peut observer, mesurer, mais on ne peut rien y changer. Quand à elles, les péninsules sont utilisées pour des expériences, comme dans… qu’est-ce qui se passe si on tue toutes les lianes dans une forêt ? Est-ce que les arbres poussent mieux ? Où encore, que se passe-t-il si on change les concentrations de nutriments à un endroit en déversant des tonnes de fertilisants ?

BCIUne vue des bâtiments principaux sur l’île BCI (Photo : Nicolas Chatel-Launay).

13) Centre pour la Science forestière tropicale (CTFS)

Située sur l’île de BCI et fondée en 1980, cette parcelle de 50 hectares de forêt nous a fournit la meilleure base de données jamais collectée en biologie tropicale. Chaque arbre dont le tronc dépasse 1 cm (il y en a environ 200 000) a été identifié à l’espèce, mesuré et recensé tous les 5 ans. La même chose va pour les lianes et plusieurs groupes d’arbustes. Nous avons aussi des analyses de sol précises partout sur la parcelle. Nous avons les inventaires des mammifères, des oiseaux et des insectes. Plusieurs mammifères et oiseaux ont même des colliers émetteurs qui nous permettent de suivre leurs déplacements en temps réel à travers la forêt. En gros, on peut avoir beaucoup de plaisir avec beaucoup (trop ?) de données. Non seulement la base de données est géniale, elle a fait des petits. Il existe maintenant des parcelles du CTFS un peut partout à travers les Amériques, l’Afrique, l’Asie, l’Europe et l’Océanie. Les équipes locales y recueillent les mêmes données, de la même manière, en utilisant les mêmes protocoles. De cette façon, nous pouvons comparer des forêts à travers l’espace et le temps, précisément, individu par individu, partout dans le monde. Imaginez juste toutes les questions que vous pourriez explorer avec de telles données.

Et puis voilà ! C’était un petit tour d’horizon de ce que nous faisons et d’où nous le faisons. Le STRI est une communauté de biologistes, d’archéologues, de géographes, d’anthropologues et de spécialistes d’autres domaines qui tentent de répondre à une grande question. Qu’est ce qui fait tourner les tropiques ? Et si vous ressentez une pointe de jalousie, lâchez ça. Vous serez toujours les bienvenus si vous voulez vous joindre à l’aventure.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s